Pensée
et non pensée
Jean-Marc Mantel : quelle est
la racine de l'attachement ?
Peter : La source de l'attachement
réside dans notre croyance que le bonheur durable est obtenu
par la présence ou l'absence d'un phénomène
particulier. Nous sommes attachés à certaines expériences
et ressentons de l'aversion pour d'autres. Perceptions, sensations
et pensées sont constamment en changement. Il est impossible
de prolonger une quelconque expérience ou d'éviter
celles que nous préfèrerions ne pas connaître.
La mort, la maladie, la perte d'êtres chers, les possessions
et notre réputation sont des exemples concrets d'expériences
qui requièrent un effort pour être acceptées.
Aussi longtemps que nous expérimenterons
une séparation fondamentale entre nous-mêmes, les autres
et l'environnement, nous produirons alors les conditions propices
à l'attachement et la souffrance.
L'expérience de la séparation veut
dire que, souvent, la réalité "extérieure"
ne correspond pas à nos "préférences intérieures".
Ainsi, à travers notre réalité intérieure,
nous continuons à faire l'expérience de séparation
entre "le penseur et nos pensées", et entre «
nos sensations et nous qui en faisons l'expérience ».
En conséquence, nous sommes continuellement confrontés
aux pensées et aux sensations que "nous" ne préfèrerions
pas expérimenter.
La solution est de voir qu'il n'y a pas de frontière
séparant l'intérieur et l'extérieur. "Nous",
qui vivons les expériences, sommes inséparables de
"ce qui est expérimenté".
Il n'y a pas de division ultime entre les deux.
Nous sommes l'univers à l'intérieur duquel les pensées
du "moi-même" et du "Je" se manifestent.
Nous semblons toujours être au centre de notre existence.
Mais si nous regardons avec attention, il n'y a ni centre, ni périphérie.
L'émergence et la dissipation continuelles de la réalité
phénoménale se produit dans un espace non-limité
et non-localisé.
Il n'y a pas de soi qui soit séparé
de l'univers. En réalisant cela, la réalité
intérieure de nos pensées et de nos sensations se
produit en complète harmonie avec la soi-disante réalité
extérieure perçue par nos sens. L'origine de la souffrance
se dissout et l'univers se révèle comme un espace
de béatitude transcendante. Dans le Bouddhisme, cela est
appelé "union de la béatitude et de l'ouverture"
(sukha-shunyata). Et dans l'hindouisme, on appelle cela "être-béatitude-conscience"
(satcit-ananda)
Comme l'a écrit le grand bouddhiste Maha
Ati master H.H. Dilgo Khyentsé Rimpoché :
Tout aspect de chaque phénomène
est complètement clair et lucide. L'univers entier est ouvert
et non-obstrué, toutes les choses étant mutuellement
interdépendantes... La nature des choses apparaît naturellement,
et est naturellement présente dans la conscience qui transcende
le temps ; c'est la complète ouverture.
10 décembre 2002
Traduction André Bianchino
Entretien issu du site : www.soupir.org
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