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Un état sensitif
L'approche sensibilise aussi les gens aux effets
somatiques des fixations. Les participants apprennent à utiliser
leur corps comme instruments pour détecter la présence
de penchants cognitifs, émotionnels et comportementaux. Nous
devenons réceptifs aux sensations qui signalent que nous
opérons à partir d'un espace réactif. Nous
commençons à ressentir que nous sommes physiquement
attirés par certaines situations et rejetés par d'autres.
A mesure que cette conscience croît, les sentiments d'attraction
n'accrochent plus magnétiquement notre corps, et les sentiments
d'aversion nous rejettent de moins en moins. Une correction non
calculée intervient de façon à ce que nous
ne soyons plus obligés de nous axer vers des situations attrayantes,
ni d’éviter celles qui sont désagréables.
Ainsi, désir et aversion s'annulent réciproquement.
Les gens consacrent relativement moins d’énergie à
leur intellect stratégique et commencent a oeuvrer davantage
à partir d'une dimension sensitive. Nous commençons
à fonctionner d'une façon par laquelle ni nous ne
cédons, ni nous ne résistons à nos désirs.
Nous nous trouvons dans un état de réponse sensitive
élevée, dépourvu de sentiments bruts. Notre
capacité à expérimenter notre propre énergie
ainsi que celle des autres augmente à mesure que les sentiments
spécifiques se dissolvent au sein d'un état de sensitivité
croissant.
Histoires d’auto-référence
En termes généraux, la contemplation
déconstructrice s'articule en douceur à travers deux
phases relativement transparentes. La déconstruction commence
par la découverte des "histoires" qui valident
intérieurement à tout moment nos croyances. Les histoires
au sein desquelles s’incrustent nos croyances se révèlent
en tant que systèmes auto-reférentiels d'intention
qui rendent nos évaluations réelles et effectives
à nos yeux. Les histoires contiennent une logique et une
cohérence internes d’une manière semblable à
la rationalité structurée de l’interprétation
que nous développons ici. Les histoires auto-référentielles
deviennent plausibles par l’utilisation de preuves variées.
Elles se basent typiquement sur des souvenirs, des explications
causales et des sources autorisées telles que des amis, des
mentors et la littérature psycho-spirituelle. Par exemple,
si nous sommes fixés dans la croyance selon laquelle nous
devons nous engager dans une certaine pratique spirituelle (telle
que la méditation), cette conviction sera liée à
des jugements selon lesquels cette pratique nous a aidés
dans le passé, à un support anecdotique venant d’un
réseau de pratiquants, et à des affirmations explicatives
issues de textes qui prônent la méthodologie que nous
avons choisie.
La contemplation déconstructrice met à nu ces explications
et nous permet de voir que la validité de nos évaluations
internes dépend de l’interprétation (ou de l'histoire)
qui les contient. Nous constatons qu'à travers une interprétation
différente, l’estimation centrale serait fausse ou
indéterminée. Par exemple, la croyance que nous devons
nous engager dans une pratique spirituelle est annulée par
la croyance que l’activité spirituelle ne fait rien
d'autre que de conditionner et de perpétuer un sens d'imperfection.
Le processus de découverte de la validité locale ou
contextuelle de nos croyances n'implique pas une analyse intellectuelle
pesante sur notre façon de penser ou de sentir.
Au contraire, il s'agit d'une fonction de création d'un espace
limpide qui permet aux discours personnel et social d’être
naturellement révélés. Pendant le cours, les
auxiliaires travaillent directement avec les participants pour découvrir
ce qui est déjà présent par des exercices simples,
des dialogues en groupe ou en tête-à-tête. Ce
genre de révélation proactive est une autre caractéristique
qui distingue ce travail de la méditation traditionnelle
Bouddhiste.
Dans le cours, nous n'avons pas besoin de démêler de
manière laborieuse ces histoires. Nous utilisons les croyances
personnelles des participants pour découvrir les constructions
génériques auxquelles chacun peut se référer.
Ensuite, les participants explorent leurs propres croyances psychologiques
et spirituelles entre les séances de groupe.
Cela se passe naturellement, comme résultat de l'intention
et de l’énergie qui sont créées pendant
les séances de groupe. Les gens commencent à reconnaître
que toute opinion ou point de vue qu'ils sont enclins à défendre
ou à rejeter est le signe d’une fixation. Ils deviennent
sensibles aux déplacements dans l’énergie provoqués
dès que leurs croyances et interprétations sont confirmées
ou remises en cause par leur expérience présente.
Ils deviennent conscients des sentiments de confort et de confiance
qui surviennent lorsqu'ils jugent qu'ils sont sur la bonne voie,
et des sentiments de frustration, de menace et de désappointement
qui s’éveillent lorsqu'ils pensent que quelque chose
ne va pas ou "ne devrait pas se passer". Les gens commencent
à se rendre compte que ces sentiments et émotions
sont indicateurs de formes subtiles ou évidentes de fixation.
Cette conscience produit un ajustement naturel qui fait que les
gens ne se sentent plus obligés de défendre vigoureusement
leurs croyances. Les croyances sont vues comme le produit d’expériences
passées ou de conditions, et c'est pourquoi les gens sont
satisfaits en laissant leurs croyances et opinions émerger
comme des formes-pensées qui n'ont pas besoin d’être
cultivées ou supprimées.
Aucune instruction ni directive n'est nécessaire pour produire
une relation moins défensive ou conflictuelle avec nos croyances
et celles des autres. Une ambiance plus douce et spacieuse émerge
comme conséquence naturelle de la reconnaissance des relations
interdépendantes au sein de nos croyances, et entre nos croyances
et nos sentiments. A travers ce processus, nous nous attachons à
découvrir et démanteler les fixations à mesure
qu'elles se manifestent.
Croyances évidentes et transparentes
Dans les étapes initiales de ce travail,
le niveau de déconstruction qui survient est corrélé
à l’enthousiasme que les participants manifestent pour
partager les croyances auxquelles ils accèdent de manière
naturelle et familière. Ils deviennent conscients de croyances
qui ont été cultivées à travers leur
propre et unique exposition culturelle et éducationnelle.
Les gens se mettent à l’écoute de leurs histoires
personnelles concernant le développement psychologique et
spirituel. Ils parlent comme s'ils "savaient" où
ils sont et où ils voudraient être. Ils tendent aussi
à avoir des idées fermes sur la façon d'y arriver.
A l’intérieur d'une structure de cours, les gens se
rendent rapidement compte que leurs croyances peuvent trouver leurs
origines dans les traditions, les enseignants, les livres, etc.
Ils se rendent compte également qu'il existe des discours
alternatifs et aussi autorisés, dont certains viennent en
directe contradiction avec les leurs. Par le partage d'un espace
psychologique qui n’entérine ni ne rejette des systèmes
particuliers de croyance, les gens commencent à voir à
travers leurs croyances dans un sens où ils n'ont plus besoin
de défendre ou de rejeter ce qu'ils pensent. Ils deviennent
présents à leurs pensées d'une façon
simple, dénuée de toute complication.
Derrière nos systèmes acquis de croyance, il y a des
structures qui forment notre expérience de nous-mêmes
et du monde à un niveau plus fondamental. Ces structures
forment le véritable paysage de notre expérience,
encore que leur proximité et leur familiarité les
rendent invisibles. Notre capacité à les observer
est gênée tant par la densité et le caractère
impératif de notre pensée que par la complexité
de nos activités interpersonnelles. Cependant, dès
que les gens peuvent apprécier les croyances qu'ils ont acquises
sans avoir besoin de s'excuser ni de les prendre au sérieux,
ils commencent automatiquement à observer leurs structures
de croyance plus transparentes.
Les premières structures qui émergent reflètent
souvent le besoin des gens de savoir ce qui se passe. Ils commencent
à voir comment ils bâtissent l’expériences
de la progression vers un but en créant un commencement,
un milieu et une fin. Le cours devient une expression microcosmique
du besoin des gens d’être en mesure de tracer leur progrès
vers quelque but secrètement élaboré. Ils peuvent
expérimenter des états de frustration et d'expectative
qui accompagnent le "sentier de l'attente". Ils se rendent
compte de quelle manière le "sentier de l'attente"
est construit de la croyance que "CELA ne se passe pas en ce
moment" et voient combien cela les motive de découvrir
ce qu'ils ont besoin de faire pour que CELA arrive. Les participants
se rendent compte maintenant combien l'attente est déplacée
par le désir "d’y arriver", c’est-à-dire
"de L’obtenir”, et combien le désir "d’y
arriver" à son tour est déplacé par un
sentiment d’attente à mesure que les gens reconstruisent
l’idée de L'avoir perdu. Ils expérimentent aussi
la confusion et la frustration de ne pas savoir ce qui pourrait
les rendre satisfaits.
Les gens voient de quelle manière ils oscillent entre les
expériences de réussite et d’échec au
fur et à mesure qu'ils jugent leurs progrès ou manque
de progrès vis-à-vis d'un ensemble de croyances assez
complexe sur ce qu'ils ont fait, sur le fait de savoir si leur entraînement
passé constitue une aide ou un obstacle, sur ce qu’il
y a à "obtenir", s’ils l’ont obtenu,
si toutefois il y a réellement quelque chose à obtenir,
sur celui qui juge du succès ou de l’échec -
eux-mêmes, un auxiliaire, d'autres participants, etc. La découverte
de ces structures n'est pas spécifiquement intellectuelle.
Les participants les ressentent avec les états d’âme
et les émotions qui les accompagnent. Ils vivent la frustration
et la déception venant de la conviction d’avoir échoué.
Ils exacerbent leurs sentiments d'excitation et d'exaltation qui
accompagnent un jugement de succès. Dans le programme, ces
expériences se passent de la même façon que
dans d'autres situations. Cependant, plutôt que de simplement
apprécier ou endurer ces sentiments, les participants commencent
à se rendre compte à quel point ils sont conditionnés
par les histoires qu'ils tissent sur ce qui devrait ou ne devrait
pas leur arriver.
Beaucoup d'autres structures transparentes sont révélées
pendant ce travail, à savoir la construction d’autorités
ou de sources de connaissance, sous la forme de personnes et de
traditions, et la création de relations de dépendance
avec des autorités. En révélant les discours
personnels et sociaux qui supportent ces structures, les participants
commencent à adopter l’identité de demandeurs
ou de pourvoyeurs d'aide. A mesure qu’ils découvrent
et déconstruisent ces structures, ils rencontrent leur identité
à un niveau plus basique ou existentiel.
La juxtaposition de croyances opposées
Notre modèle habituel est d'alterner entre
des fixations opposées. Nous oscillons entre la pensée
que nous avons besoin d'aide à un endroit et n'en avons pas
besoin à un autre. Nous nous verrouillons dans la persévérance,
dans l'effort pour déterminer la "bonne" perspective
qui nous amène ensuite à l'abandon. Nous oscillons
continuellement entre les échecs et les réussites.
Cependant lorsque nous voyons que ce sont des réponses aux
constructions contradictoires du "ce n'est pas cela" et
"c'est cela", les oscillations s'aplanissent et nous évoluons
dans un espace où ces constructions perdent leur capacité
à décrire une réalité objective ou subjective.
Par exemple, lorsque nous nous voyons passer à travers de
nombreux cycles d'attente de résultat suivie de réussite,
sans changement apparent en termes de mouvement réel vers
un but objectif, nous voyons de quelle manière nos concepts
et croyances créent le phénomène de progrès
ou de manque de progrès par rapport à un concept très
fluide et inconsistant de ce que nous voulons qu'il y ait.
Nous nous rendons compte comment nous pouvons interpréter
notre expérience différemment, même sans qu’il
y ait de changement dans nos pensées, sentiments ou circonstances
physiques. Par exemple, les gens font l’expérience
simultanée de la possibilité d’être en
train de participer ou de ne pas participer. Nous voyons que l’idée
de participer ou non est simplement en rapport à ce que nous
pensons être en train de faire à chaque instant.
La capacité qu'ont deux interprétations opposées
de décrire de façon égale où nous nous
trouvons, rend de telles évaluations dénuées
de sens. En fait, la juxtaposition de ces perceptions déconstruit
les croyances que "nous le faisons" ou "ne le faisons
pas". Le même genre d’aperçu se produit
autour de "l'avoir" ou "ne pas l'avoir", faire
et ne pas faire de progrès, avoir besoin ou ne pas avoir
besoin d'aide, être confus et être clair. De plus, dans
la mesure où le cours est considéré comme un
outil de développement spirituel ou de libération,
nous constatons qu'il n'y a pas de différence entre réalité
et illusion, connaissance et ignorance, attachement et libération.
A ce point, le besoin de faire de telles distinctions n'entre tout
simplement plus en ligne de compte.
Des que l’interdépendance et le caractère non
fondé des croyances fixées sont révélés,
les fixations commencent à se dissoudre naturellement. Cela
produit des moments de clarté et d'ouverture. L’énergie
déployée dans la construction de l'asservissement
et de la libération se dégage en direction d’un
état qui transcende les tendances et les limitations. A mesure
que ce travail évolue, le processus de relâchement
des fixations devient plus naturel et demande moins d'effort. Le
poids et la densité des émotions contradictoires se
réduisent, produisant plus d'espace et d'aisance. A travers
ce processus, les participants faire l’expérience d’un
espace merveilleux, libre de réactions émotionnelles
et des interprétations habituelles. Ils transcendent toute
préoccupation de "l'avoir" ou de "le perdre".
Et en disant cela, je reconnais que vous pourriez penser que c'est
une expérience qui vaut d’être vécue ou
évitée !
Déconstruire le processus
Dans le programme, nous déconstruisons aussi
le programme lui-même. Nous le faisons en dévoilant
les croyances qui valident ou invalident la participation des gens
à cette approche. Finalement, nous déconstruisons
le processus de la contemplation déconstructrice parce que
les gens pourraient être amenés à s'en servir
comme nouvelle méthode pour fixer leurs vies. En participant
à ce travail, les participants peuvent facilement penser
qu'ils sont engagés dans un processus tout à fait
unique. Ils ne peuvent pas vraiment comparer cette expérience
à quoi que ce soit qu'ils aient pu faire. En d'autres termes,
ils construisent la déconstruction comme un événement
distinctif. Par exemple, les gens peuvent penser qu'ils ont véritablement
déconstruit différentes fixations psychologiques et
spirituelles. Lorsque cela se passe, nous demandons aux participants
ce que représente cette "contemplation déconstructrice"
qu'ils considèrent avoir eu lieu. Ils peuvent répondre
qu’il s’agit d’un processus raffiné de
dévoilement de croyances transparentes qui ont structuré
leurs vies, et qu’ils ont ensuite démantelées
de façon à ce qu'elles ne les accrochent plus.
Si cela commence à se passer, nous observons comment un phénomène
appelé “déconstruction" peut être
construit, exactement comme nous l'avons fait dans cet article.
Les gens se rendent compte de quelle manière ils peuvent
transformer ce qui semble être une simple conversation en
un événement profond ou significatif. Bien sûr,
en dévoilant cette construction, nous corrigeons également
toute tendance que les participants pourraient adopter en glissant
dans une fixation opposée qui les ferait considérer
ce travail comme trivial ou inexistant.
Peter FENNER in Recto
Verseau -
Traduction de Jean-Louis Mastrandreas
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