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Présence non duelle

 

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bouddhisme meditation non duel English version

L’obscurité de la nuit, même si elle devait durer mille ans, ne pourrait cacher le soleil levant, de même d’innombrables périodes de conflit et de souffrance ne peuvent dissimuler le rayonnement inné de l’Esprit.

Tilopa, maître indien - 11e Siècle


La contemplation déconstructive (suite)

Ressources


Un état sensitif

L'approche sensibilise aussi les gens aux effets somatiques des fixations. Les participants apprennent à utiliser leur corps comme instruments pour détecter la présence de penchants cognitifs, émotionnels et comportementaux. Nous devenons réceptifs aux sensations qui signalent que nous opérons à partir d'un espace réactif. Nous commençons à ressentir que nous sommes physiquement attirés par certaines situations et rejetés par d'autres. A mesure que cette conscience croît, les sentiments d'attraction n'accrochent plus magnétiquement notre corps, et les sentiments d'aversion nous rejettent de moins en moins. Une correction non calculée intervient de façon à ce que nous ne soyons plus obligés de nous axer vers des situations attrayantes, ni d’éviter celles qui sont désagréables. Ainsi, désir et aversion s'annulent réciproquement.
Les gens consacrent relativement moins d’énergie à leur intellect stratégique et commencent a oeuvrer davantage à partir d'une dimension sensitive. Nous commençons à fonctionner d'une façon par laquelle ni nous ne cédons, ni nous ne résistons à nos désirs. Nous nous trouvons dans un état de réponse sensitive élevée, dépourvu de sentiments bruts. Notre capacité à expérimenter notre propre énergie ainsi que celle des autres augmente à mesure que les sentiments spécifiques se dissolvent au sein d'un état de sensitivité croissant.

 


Histoires d’auto-référence

En termes généraux, la contemplation déconstructrice s'articule en douceur à travers deux phases relativement transparentes. La déconstruction commence par la découverte des "histoires" qui valident intérieurement à tout moment nos croyances. Les histoires au sein desquelles s’incrustent nos croyances se révèlent en tant que systèmes auto-reférentiels d'intention qui rendent nos évaluations réelles et effectives à nos yeux. Les histoires contiennent une logique et une cohérence internes d’une manière semblable à la rationalité structurée de l’interprétation que nous développons ici. Les histoires auto-référentielles deviennent plausibles par l’utilisation de preuves variées. Elles se basent typiquement sur des souvenirs, des explications causales et des sources autorisées telles que des amis, des mentors et la littérature psycho-spirituelle. Par exemple, si nous sommes fixés dans la croyance selon laquelle nous devons nous engager dans une certaine pratique spirituelle (telle que la méditation), cette conviction sera liée à des jugements selon lesquels cette pratique nous a aidés dans le passé, à un support anecdotique venant d’un réseau de pratiquants, et à des affirmations explicatives issues de textes qui prônent la méthodologie que nous avons choisie.
La contemplation déconstructrice met à nu ces explications et nous permet de voir que la validité de nos évaluations internes dépend de l’interprétation (ou de l'histoire) qui les contient. Nous constatons qu'à travers une interprétation différente, l’estimation centrale serait fausse ou indéterminée. Par exemple, la croyance que nous devons nous engager dans une pratique spirituelle est annulée par la croyance que l’activité spirituelle ne fait rien d'autre que de conditionner et de perpétuer un sens d'imperfection. Le processus de découverte de la validité locale ou contextuelle de nos croyances n'implique pas une analyse intellectuelle pesante sur notre façon de penser ou de sentir.
Au contraire, il s'agit d'une fonction de création d'un espace limpide qui permet aux discours personnel et social d’être naturellement révélés. Pendant le cours, les auxiliaires travaillent directement avec les participants pour découvrir ce qui est déjà présent par des exercices simples, des dialogues en groupe ou en tête-à-tête. Ce genre de révélation proactive est une autre caractéristique qui distingue ce travail de la méditation traditionnelle Bouddhiste.
Dans le cours, nous n'avons pas besoin de démêler de manière laborieuse ces histoires. Nous utilisons les croyances personnelles des participants pour découvrir les constructions génériques auxquelles chacun peut se référer. Ensuite, les participants explorent leurs propres croyances psychologiques et spirituelles entre les séances de groupe.
Cela se passe naturellement, comme résultat de l'intention et de l’énergie qui sont créées pendant les séances de groupe. Les gens commencent à reconnaître que toute opinion ou point de vue qu'ils sont enclins à défendre ou à rejeter est le signe d’une fixation. Ils deviennent sensibles aux déplacements dans l’énergie provoqués dès que leurs croyances et interprétations sont confirmées ou remises en cause par leur expérience présente. Ils deviennent conscients des sentiments de confort et de confiance qui surviennent lorsqu'ils jugent qu'ils sont sur la bonne voie, et des sentiments de frustration, de menace et de désappointement qui s’éveillent lorsqu'ils pensent que quelque chose ne va pas ou "ne devrait pas se passer". Les gens commencent à se rendre compte que ces sentiments et émotions sont indicateurs de formes subtiles ou évidentes de fixation. Cette conscience produit un ajustement naturel qui fait que les gens ne se sentent plus obligés de défendre vigoureusement leurs croyances. Les croyances sont vues comme le produit d’expériences passées ou de conditions, et c'est pourquoi les gens sont satisfaits en laissant leurs croyances et opinions émerger comme des formes-pensées qui n'ont pas besoin d’être cultivées ou supprimées.
Aucune instruction ni directive n'est nécessaire pour produire une relation moins défensive ou conflictuelle avec nos croyances et celles des autres. Une ambiance plus douce et spacieuse émerge comme conséquence naturelle de la reconnaissance des relations interdépendantes au sein de nos croyances, et entre nos croyances et nos sentiments. A travers ce processus, nous nous attachons à découvrir et démanteler les fixations à mesure qu'elles se manifestent.


Croyances évidentes et transparentes

Dans les étapes initiales de ce travail, le niveau de déconstruction qui survient est corrélé à l’enthousiasme que les participants manifestent pour partager les croyances auxquelles ils accèdent de manière naturelle et familière. Ils deviennent conscients de croyances qui ont été cultivées à travers leur propre et unique exposition culturelle et éducationnelle. Les gens se mettent à l’écoute de leurs histoires personnelles concernant le développement psychologique et spirituel. Ils parlent comme s'ils "savaient" où ils sont et où ils voudraient être. Ils tendent aussi à avoir des idées fermes sur la façon d'y arriver. A l’intérieur d'une structure de cours, les gens se rendent rapidement compte que leurs croyances peuvent trouver leurs origines dans les traditions, les enseignants, les livres, etc. Ils se rendent compte également qu'il existe des discours alternatifs et aussi autorisés, dont certains viennent en directe contradiction avec les leurs. Par le partage d'un espace psychologique qui n’entérine ni ne rejette des systèmes particuliers de croyance, les gens commencent à voir à travers leurs croyances dans un sens où ils n'ont plus besoin de défendre ou de rejeter ce qu'ils pensent. Ils deviennent présents à leurs pensées d'une façon simple, dénuée de toute complication.
Derrière nos systèmes acquis de croyance, il y a des structures qui forment notre expérience de nous-mêmes et du monde à un niveau plus fondamental. Ces structures forment le véritable paysage de notre expérience, encore que leur proximité et leur familiarité les rendent invisibles. Notre capacité à les observer est gênée tant par la densité et le caractère impératif de notre pensée que par la complexité de nos activités interpersonnelles. Cependant, dès que les gens peuvent apprécier les croyances qu'ils ont acquises sans avoir besoin de s'excuser ni de les prendre au sérieux, ils commencent automatiquement à observer leurs structures de croyance plus transparentes.
Les premières structures qui émergent reflètent souvent le besoin des gens de savoir ce qui se passe. Ils commencent à voir comment ils bâtissent l’expériences de la progression vers un but en créant un commencement, un milieu et une fin. Le cours devient une expression microcosmique du besoin des gens d’être en mesure de tracer leur progrès vers quelque but secrètement élaboré. Ils peuvent expérimenter des états de frustration et d'expectative qui accompagnent le "sentier de l'attente". Ils se rendent compte de quelle manière le "sentier de l'attente" est construit de la croyance que "CELA ne se passe pas en ce moment" et voient combien cela les motive de découvrir ce qu'ils ont besoin de faire pour que CELA arrive. Les participants se rendent compte maintenant combien l'attente est déplacée par le désir "d’y arriver", c’est-à-dire "de L’obtenir”, et combien le désir "d’y arriver" à son tour est déplacé par un sentiment d’attente à mesure que les gens reconstruisent l’idée de L'avoir perdu. Ils expérimentent aussi la confusion et la frustration de ne pas savoir ce qui pourrait les rendre satisfaits.
Les gens voient de quelle manière ils oscillent entre les expériences de réussite et d’échec au fur et à mesure qu'ils jugent leurs progrès ou manque de progrès vis-à-vis d'un ensemble de croyances assez complexe sur ce qu'ils ont fait, sur le fait de savoir si leur entraînement passé constitue une aide ou un obstacle, sur ce qu’il y a à "obtenir", s’ils l’ont obtenu, si toutefois il y a réellement quelque chose à obtenir, sur celui qui juge du succès ou de l’échec - eux-mêmes, un auxiliaire, d'autres participants, etc. La découverte de ces structures n'est pas spécifiquement intellectuelle. Les participants les ressentent avec les états d’âme et les émotions qui les accompagnent. Ils vivent la frustration et la déception venant de la conviction d’avoir échoué. Ils exacerbent leurs sentiments d'excitation et d'exaltation qui accompagnent un jugement de succès. Dans le programme, ces expériences se passent de la même façon que dans d'autres situations. Cependant, plutôt que de simplement apprécier ou endurer ces sentiments, les participants commencent à se rendre compte à quel point ils sont conditionnés par les histoires qu'ils tissent sur ce qui devrait ou ne devrait pas leur arriver.
Beaucoup d'autres structures transparentes sont révélées pendant ce travail, à savoir la construction d’autorités ou de sources de connaissance, sous la forme de personnes et de traditions, et la création de relations de dépendance avec des autorités. En révélant les discours personnels et sociaux qui supportent ces structures, les participants commencent à adopter l’identité de demandeurs ou de pourvoyeurs d'aide. A mesure qu’ils découvrent et déconstruisent ces structures, ils rencontrent leur identité à un niveau plus basique ou existentiel.

 

La juxtaposition de croyances opposées

Notre modèle habituel est d'alterner entre des fixations opposées. Nous oscillons entre la pensée que nous avons besoin d'aide à un endroit et n'en avons pas besoin à un autre. Nous nous verrouillons dans la persévérance, dans l'effort pour déterminer la "bonne" perspective qui nous amène ensuite à l'abandon. Nous oscillons continuellement entre les échecs et les réussites. Cependant lorsque nous voyons que ce sont des réponses aux constructions contradictoires du "ce n'est pas cela" et "c'est cela", les oscillations s'aplanissent et nous évoluons dans un espace où ces constructions perdent leur capacité à décrire une réalité objective ou subjective. Par exemple, lorsque nous nous voyons passer à travers de nombreux cycles d'attente de résultat suivie de réussite, sans changement apparent en termes de mouvement réel vers un but objectif, nous voyons de quelle manière nos concepts et croyances créent le phénomène de progrès ou de manque de progrès par rapport à un concept très fluide et inconsistant de ce que nous voulons qu'il y ait.
Nous nous rendons compte comment nous pouvons interpréter notre expérience différemment, même sans qu’il y ait de changement dans nos pensées, sentiments ou circonstances physiques. Par exemple, les gens font l’expérience simultanée de la possibilité d’être en train de participer ou de ne pas participer. Nous voyons que l’idée de participer ou non est simplement en rapport à ce que nous pensons être en train de faire à chaque instant.
La capacité qu'ont deux interprétations opposées de décrire de façon égale où nous nous trouvons, rend de telles évaluations dénuées de sens. En fait, la juxtaposition de ces perceptions déconstruit les croyances que "nous le faisons" ou "ne le faisons pas". Le même genre d’aperçu se produit autour de "l'avoir" ou "ne pas l'avoir", faire et ne pas faire de progrès, avoir besoin ou ne pas avoir besoin d'aide, être confus et être clair. De plus, dans la mesure où le cours est considéré comme un outil de développement spirituel ou de libération, nous constatons qu'il n'y a pas de différence entre réalité et illusion, connaissance et ignorance, attachement et libération. A ce point, le besoin de faire de telles distinctions n'entre tout simplement plus en ligne de compte.
Des que l’interdépendance et le caractère non fondé des croyances fixées sont révélés, les fixations commencent à se dissoudre naturellement. Cela produit des moments de clarté et d'ouverture. L’énergie déployée dans la construction de l'asservissement et de la libération se dégage en direction d’un état qui transcende les tendances et les limitations. A mesure que ce travail évolue, le processus de relâchement des fixations devient plus naturel et demande moins d'effort. Le poids et la densité des émotions contradictoires se réduisent, produisant plus d'espace et d'aisance. A travers ce processus, les participants faire l’expérience d’un espace merveilleux, libre de réactions émotionnelles et des interprétations habituelles. Ils transcendent toute préoccupation de "l'avoir" ou de "le perdre". Et en disant cela, je reconnais que vous pourriez penser que c'est une expérience qui vaut d’être vécue ou évitée !


Déconstruire le processus

Dans le programme, nous déconstruisons aussi le programme lui-même. Nous le faisons en dévoilant les croyances qui valident ou invalident la participation des gens à cette approche. Finalement, nous déconstruisons le processus de la contemplation déconstructrice parce que les gens pourraient être amenés à s'en servir comme nouvelle méthode pour fixer leurs vies. En participant à ce travail, les participants peuvent facilement penser qu'ils sont engagés dans un processus tout à fait unique. Ils ne peuvent pas vraiment comparer cette expérience à quoi que ce soit qu'ils aient pu faire. En d'autres termes, ils construisent la déconstruction comme un événement distinctif. Par exemple, les gens peuvent penser qu'ils ont véritablement déconstruit différentes fixations psychologiques et spirituelles. Lorsque cela se passe, nous demandons aux participants ce que représente cette "contemplation déconstructrice" qu'ils considèrent avoir eu lieu. Ils peuvent répondre qu’il s’agit d’un processus raffiné de dévoilement de croyances transparentes qui ont structuré leurs vies, et qu’ils ont ensuite démantelées de façon à ce qu'elles ne les accrochent plus.
Si cela commence à se passer, nous observons comment un phénomène appelé “déconstruction" peut être construit, exactement comme nous l'avons fait dans cet article. Les gens se rendent compte de quelle manière ils peuvent transformer ce qui semble être une simple conversation en un événement profond ou significatif. Bien sûr, en dévoilant cette construction, nous corrigeons également toute tendance que les participants pourraient adopter en glissant dans une fixation opposée qui les ferait considérer ce travail comme trivial ou inexistant.

Peter FENNER in Recto Verseau -
Traduction de Jean-Louis Mastrandreas

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